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NFT : ce que vous achetez n'est pas l'image

NFT · non-fungible token
L'équipe nikofi~2000 mots · 8 min de lectureMis à jour en 2026-08
NFT : la blockchain conserve le numéro et le propriétaire, l'image est hébergée ailleurs
Un NFT = une ligne on-chain qui dit « ce numéro appartient à cette adresse ». L'image, elle, est ailleurs.

Dès qu'une image de profil se vend à prix d'or, la même phrase revient en commentaire : moi aussi je l'ai, clic droit, enregistrer sous. Elle est à moitié juste. Vous récupérez bien le fichier, mais pas la ligne inscrite sur la blockchain. Le problème, c'est que personne n'explique jamais ce qu'est cette ligne — et que le débat dure depuis des années entre gens qui ne parlent pas de la même chose.

Cet article ne dit pas si telle collection vaut son prix ni quand acheter. Il démonte le mot : ce qu'est un NFT, où se trouve réellement l'image, ce que vous obtenez en payant, ce que le cadre européen change (ou pas), et les erreurs qui coûtent le plus cher aux débutants.

À retenir d'abord

Un NFT = une ligne inscrite on-chain qui associe un numéro à une adresse. L'image, elle, est presque toujours stockée ailleurs : la blockchain ne garde qu'un lien qui pointe vers elle.

Fongible, non fongible : la vraie question

Fongible veut dire interchangeable ; non fongible veut dire qu'on ne peut pas échanger l'un contre l'autre. Toute la traduction française du terme tient là-dedans.

Vos 1 USDT et les miens se valent exactement, comme deux billets de vingt euros : peu importe lequel vous avez. C'est la fongibilité. Un NFT, lui, porte dans le contrat un numéro qui n'appartient qu'à lui (le token ID) : le numéro 1 et le numéro 2 sont deux objets distincts, impossibles à échanger comme on échange de la monnaie. « Jeton non fongible » veut donc simplement dire : un jeton qui porte un numéro unique.

Un numéro unique n'a rien de magique en soi — n'importe quelle base de données en produit. Ce qui change ici, c'est que le numéro et son propriétaire actuel sont inscrits sur un registre public, consultable par tout le monde et que personne ne peut modifier en douce. Pour comprendre en quoi cela diffère du fichier client d'une entreprise, commencez par la blockchain, c'est quoi ; pour situer le NFT par rapport aux autres jetons, voyez coin ou token.

Où est l'image, au juste

Dans l'immense majorité des cas, l'image n'est pas on-chain. La blockchain conserve le numéro, l'adresse propriétaire et une adresse web qui pointe vers une fiche descriptive. C'est la partie la plus utile de cet article.

La norme la plus répandue sur Ethereum s'appelle ERC-721. À côté de son interface de base, elle prévoit une extension de métadonnées que le texte qualifie explicitement d'optionnelle : c'est elle qui fournit la fonction tokenURI, à laquelle vous donnez un numéro et qui renvoie une adresse web. Optionnelle sur le papier, elle est implémentée par la quasi-totalité des contrats — sans elle, ni un wallet ni une place de marché n'aurait de moyen standard de savoir quoi afficher.

Cette adresse n'ouvre pas une image mais des métadonnées : un fichier au format JSON. Le schéma défini par la norme ne compte que trois champsname, description et image — ce dernier contenant à son tour l'adresse du fichier graphique. Les « attributs de rareté » affichés sur les places de marché n'en font pas partie : ce sont des conventions ajoutées par le marché.

Il y a donc deux sauts : blockchain → métadonnées → image. Si l'un des deux casse, votre ligne de propriété est toujours là, mais l'image ne s'affiche plus. C'est l'explication des carrés blancs que certains découvrent un jour dans leur wallet.

Où l'image est stockéeLe problème que ça pose
Entièrement inscrite on-chainQuasiment indestructible, mais le stockage coûte cher : en pratique, seulement des visuels très simples
Sur IPFS, où l'adresse dépend du contenuL'adresse est calculée à partir du fichier : si le contenu change, l'adresse change aussi — c'est un bon point. Encore faut-il que quelqu'un conserve durablement le fichier
Sur le serveur du projetLe plus simple et le plus fragile : domaine expiré, serveur éteint, équipe dissoute, et c'est une erreur 404

Un détail que la plupart des explications passent sous silence, et que nous avons vérifié dans le texte de la norme : ERC-721 précise que cette adresse peut changer (la formulation employée est MAY be mutable). Autrement dit, rien dans la norme n'interdit de remplacer l'image. La phrase « inscrit pour toujours, impossible à falsifier » vaut pour la ligne de propriété, pas pour le visuel — deux choses que l'on confond en permanence.

Le bout de code qui attribue les numéros et tient les comptes est un contrat intelligent ; pourquoi il s'exécute tout seul et pourquoi personne ne peut le réécrire, c'est expliqué dans le smart contract.

Ce que vous achetez vraiment

Vous achetez la ligne de propriété inscrite on-chain ; elle n'emporte pas automatiquement les droits d'auteur sur l'image. Ces deux choses sont traitées comme une seule alors qu'elles n'ont rien à voir.

Ce que vous pouvez faire de l'image dépend de la licence rédigée par le projet à côté. Certains autorisent explicitement un usage commercial, d'autres se limitent à l'affichage privé, et une bonne partie n'écrit rien. Retrouver et lire cette licence avant d'acheter sert davantage que de surveiller le floor price. Un projet sans licence n'est pas forcément malhonnête, mais cela signifie qu'en dehors de la ligne on-chain, vous n'avez aucun engagement écrit.

Revenons au clic droit. Vous obtenez une copie du fichier ; la ligne on-chain, elle, ne change pas et ne se duplique pas — c'est l'argument de ceux qui disent qu'on ne copie pas la propriété. Mais il ne faut pas la lire comme un titre de propriété immobilière : c'est une inscription valable sur cette blockchain, et ce qu'elle produit comme effet en dehors est une tout autre question. Tenez les deux phrases ensemble et le débat s'éclaircit d'un coup.

NFT et MiCA : ce que l'exclusion implique

Le règlement européen MiCA ne s'applique pas aux crypto-actifs uniques et non fongibles. Pour un acheteur, c'est moins une bonne nouvelle qu'un avertissement.

Le principe est simple : ce qui est réellement unique sort du champ du règlement. Mais l'AMF rappelle un point que beaucoup ignorent — l'émission de jetons non fongibles en grande série ou en collection est considérée comme un indicateur de fongibilité. Une collection de plusieurs milliers d'exemplaires quasi identiques peut donc, selon l'analyse au cas par cas, retomber dans le champ de MiCA malgré son étiquette de NFT.

La conséquence pratique est celle-ci : quand un NFT est effectivement hors champ, il n'y a ni livre blanc réglementaire à publier, ni obligation d'information à votre égard. Vous ne disposez que de ce que le projet accepte de dire, sur son site, dans son Discord ou dans un PDF qu'il peut réécrire quand il veut. Ce n'est pas une raison de fuir, c'est une raison de ne pas confondre « en dehors de MiCA » avec « rien à signaler ». Sur la façon de lire ce genre de document quand il existe, voyez le livre blanc.

Pourquoi les royalties ne tombent pas toujours

Sur Ethereum, les royalties ne sont pas prélevées automatiquement par la blockchain : elles reposent sur la bonne volonté des places de marché. Beaucoup de créateurs l'apprennent après la première revente.

Il existe bien une norme dédiée, EIP-2981, pour répondre à la question « combien faut-il reverser sur cette revente ». Mais elle ne fournit qu'une interface de consultation : une place de marché peut demander le montant, la norme n'oblige personne à le payer. Le texte est explicite — le paiement des royalties doit rester volontaire, parce qu'un transfert on-chain ne correspond pas toujours à une vente (on déplace parfois un NFT d'un de ses wallets vers un autre). Quant aux places de marché, la norme se contente de recommander qu'elles mettent en place un versement.

Résultat : selon l'endroit où le NFT change de mains, le créateur touche un montant variable, parfois zéro. Les « royalties à vie » annoncées en communication désignent le chiffre inscrit dans la norme, pas un tuyau garanti. C'est aussi pourquoi les revenus annoncés d'un créateur constituent une preuve très faible de la solidité d'un projet.

Trois pièges de débutant

Ces trois erreurs n'ont rien à voir avec le prix payé : elles sont purement mentales, et ce sont elles qui coûtent le plus cher.

  1. Un NFT apparu tout seul dans votre wallet est presque toujours du hameçonnage. N'importe qui peut envoyer quelque chose à votre adresse, comme on glisse un prospectus dans une boîte aux lettres. Ce type de « largage » s'accompagne d'un site où l'on vous demande de signer une autorisation : ce que vous signez n'est pas une réception, c'est un droit de disposer de ce que contient votre wallet. La bonne réaction est de ne rien cliquer et de laisser l'objet où il est. Voir l'airdrop.
  2. Le floor price n'est pas le prix auquel vous revendrez. C'est le plus bas prix demandé parmi les annonces de vente en cours : ni un prix de transaction, ni la preuve qu'un acheteur attend. Sur une collection peu suivie, rester en vente plusieurs semaines sans une seule offre est la norme. C'est la même erreur que de croire qu'une capitalisation élevée signifie qu'on peut sortir : voir la capitalisation.
  3. Clé privée perdue, NFT perdu. Sur ce point, il se comporte exactement comme une crypto ordinaire : la ligne on-chain reconnaît une adresse, pas une personne. Aucun service client ne peut attester que cette adresse était la vôtre. Voir clé privée et phrase secrète.

Tout l'article tient en une phrase : le NFT est une ligne de propriété on-chain, l'image est ailleurs, les droits dépendent de la licence et les royalties dépendent de la place de marché. Avec ces quatre repères, vous savez enfin sur quoi porte le débat. Pour replacer ce mot dans l'ensemble, continuez avec la première leçon crypto.

Le NFT : les questions des débutants

Faire « clic droit, enregistrer sous », est-ce voler un NFT ?

Non, mais ce n'est pas non plus « impossible à copier » comme on l'entend souvent. Vous enregistrez une copie du fichier image ; la ligne inscrite on-chain, celle qui associe un numéro à une adresse, ne bouge pas et ne se duplique pas. Le vrai point de débat est ailleurs : cette ligne ne vaut que sur cette blockchain, et rien ne garantit qu'elle produise le moindre effet en dehors.

Acheter un NFT donne-t-il les droits d'auteur sur l'image ?

En général non. Vous achetez la ligne de propriété on-chain ; le transfert des droits dépend de la licence que le projet a rédigée à côté. Certains projets autorisent un usage commercial, d'autres seulement l'affichage privé, beaucoup n'écrivent rien du tout. Lire la licence avant d'acheter est plus utile que regarder le floor price.

Si le projet disparaît, mon NFT existe-t-il encore ?

La ligne de propriété reste inscrite tant que la blockchain tourne. L'image, elle, n'est pas garantie. Dans la norme ERC-721, le contrat ne fournit qu'une adresse pointant vers le contenu : si le fichier est hébergé sur le serveur du projet, un nom de domaine expiré ou un serveur éteint suffisent à le faire disparaître. Un stockage sur IPFS limite le problème, à condition que quelqu'un conserve le fichier.

Les NFT sont-ils couverts par le règlement MiCA ?

MiCA ne s'applique pas aux crypto-actifs uniques et non fongibles. Mais l'AMF rappelle que l'émission en grande série ou en collection est considérée comme un indicateur de fongibilité : une collection de plusieurs milliers d'exemplaires quasi identiques peut donc retomber dans le champ du règlement. Concrètement, quand un NFT est bien hors champ, il n'y a ni livre blanc réglementaire ni obligation d'information : vous n'avez que ce que le projet veut bien dire.

Les royalties « à vie » promises par un créateur sont-elles fiables ?

C'est un chiffre, pas un tuyau garanti. La norme EIP-2981 fournit seulement une interface permettant à une place de marché de demander combien reverser ; le texte de la norme précise que le paiement des royalties doit rester volontaire, et il se limite à recommander aux places de marché de le mettre en œuvre. Selon l'endroit où le NFT change de mains, le créateur peut donc toucher un montant différent, voire rien.

L'équipe nikofi

Nous sommes une bande de gens ordinaires qui se sont fait avoir par l'argot crypto, avant de finir par tout comprendre, et qui traduisent en langage clair les mots auxquels on ne pige rien. « L'équipe nikofi » est un pseudonyme, pas un expert en particulier ; nous ne donnons aucun conseil en investissement, seulement des notions et des risques. Ce qui est écrit ici sur tokenURI et sur les royalties a été recoupé avec le texte des normes ERC-721 et EIP-2981, et le passage sur MiCA avec la page dédiée de l'AMF. Une erreur ? Écrivez-nous via les corrections ou à [email protected].

À lire aussi (sources de référence / officielles) : Texte de la norme ERC-721 · ethereum.org : les NFT · AMF : le règlement MiCA