Une pyramide de Ponzi crypto, c'est un « placement » qui ne tient que tant que de nouveaux venus apportent de l'argent : les gains versés aux premiers sortent des poches des suivants, et l'essentiel de ce qu'on vous promet dépend du nombre de personnes que vous faites entrer. Le token maison, l'application ou le tableau de bord ne font qu'habiller ce mouvement d'argent.
Si vous ne touchez rien sans recruter, ou si vos gains viennent de l'argent des nouveaux, ce n'est pas un investissement : c'est une pyramide.
Au fond, c'est la vieille chaîne de lettres. On vous demande d'envoyer quelque chose à celui qui vous a invité, puis de trouver d'autres personnes qui vous enverront la même chose. La version crypto ajoute un wallet, un cours qui monte sur une appli et un groupe de discussion qui s'anime le soir. Le principe, lui, n'a pas bougé d'un iota.
Ponzi ou pyramide : deux mécanismes qui se mélangent
Les deux mots circulent comme s'ils voulaient dire la même chose. La finance pour tous, le site d'éducation financière de l'IEFP, les sépare assez nettement.
Le système pyramidal d'abord : « Un système pyramidal est une forme d'escroquerie très courante qui repose sur le recrutement de membres, prenant ainsi la forme d'une pyramide. » Ce qui compte, c'est le recrutement. Vous êtes rémunéré parce que vous faites entrer du monde.
Le schéma de Ponzi ensuite. La même fiche cite la « pyramide de Ponzi » des années 1920 et l'affaire Madoff, et en donne le trait principal : « Sa première caractéristique est de compter sur l'argent des nouveaux investisseurs pour servir les intérêts promis. » Ici, ce qui compte, c'est le rendement annoncé, payé avec l'argent des derniers arrivés.
Dans les projets crypto qu'on vous présente en message privé, les deux vont souvent ensemble : un rendement « passif » affiché sur l'appli, plus des bonus par niveau pour chaque filleul. D'où l'expression hybride qu'on entend souvent : pyramide de Ponzi crypto. Les communautés crypto sinophones ont même un raccourci pour ça : « CX », les initiales de chuanxiao, la vente pyramidale.
Ce que l'AMF décrivait dès 2014
Le 17 mars 2014, l'Autorité des marchés financiers a publié une mise en garde contre ces offres. Nous la résumons d'après sa version anglaise, la seule que nous ayons consultée : l'AMF vise les propositions qui promettent des rendements exceptionnels et qui reposent, de façon visible ou non, sur un système de recrutement, d'adhésion et d'enrôlement d'autres membres.
Le communiqué décrit ensuite la mécanique. Les dernières recrues apportent des fonds en souscrivant, et une partie de cet argent est reversée aux membres existants pour gagner et garder leur confiance. Le système dure tant qu'il parvient à recruter. Quand il s'effondre, parfois très brusquement, les membres perdent en général la totalité de leur mise de départ, souvent au seul profit de l'organisateur et de ses complices.
Le texte date de 2014 et ne parle pas de crypto. Remplacez « souscription » par « dépôt en USDT » et « membre » par « filleul » : la description colle presque mot pour mot aux montages qu'on voit passer aujourd'hui.
La multiplication qui condamne le montage
La finance pour tous illustre la chose avec un petit calcul, que nous reprenons tel quel. Un initiateur recrute 6 personnes, puis plus personne. Ces 6 membres en recrutent chacun 6 autres : « 6 × 6 = 36 ». Au niveau suivant : « 6 × 36 = 216 ».
Continuons la multiplication nous-mêmes, à titre d'exemple : 1 296 au quatrième étage, 7 776 au cinquième, 46 656 au sixième. Au dixième, il faudrait plus de 60 millions de nouvelles recrues, rien que pour cet étage-là. Chaque niveau doit trouver six fois plus de monde que le précédent, et chacune de ces personnes doit accepter de payer pour entrer.
Les recrues finissent toujours par manquer. L'étage qui ne trouve plus personne en dessous, c'est celui des derniers entrés.
Ce que prévoit le droit français
En France, la vente « à la boule de neige » est interdite par l'article L121-15 du Code de la consommation (numérotation en vigueur depuis le 1er juillet 2016 sur Légifrance ; la fiche de La finance pour tous mentionne, elle, un « L122-15 »).
Pour le contenu, nous nous appuyons sur la lecture qu'en fait La finance pour tous : la fiche vise la vente pratiquée par ce procédé « ou tous autres procédés analogues », qui consistent notamment à faire espérer au public l'obtention de marchandises gratuitement ou pour moins que leur valeur réelle. Elle indique que la pratique est sanctionnée pénalement d'une amende maximale de 300 000 euros et/ou d'un emprisonnement de deux ans, en renvoyant aux articles L132-19 à 20.
Hors de France, chaque pays a ses propres textes et ses propres sanctions ; ce qui est décrit ici ne vaut pas pour tous les pays. Un point reste commun à toutes les mises en garde citées plus haut : le fait que ce soit « en crypto » ne change rien au mécanisme.
Quatre questions avant de « monter dans le train »
Quand quelqu'un vous écrit « fais entrer trois personnes et tu rentres dans tes frais », posez ces quatre questions, dans cet ordre :
- D'où vient l'argent qu'on me verse ? D'un produit vendu, d'un service rendu, ou des dépôts des nouveaux ? Si la réponse tourne en rond et revient aux « nouveaux entrants », inutile d'aller plus loin.
- Si je ne recrute personne, est-ce que je touche quelque chose ? Et si oui, grâce à quoi, concrètement ?
- Faut-il payer, ou acheter le token maison, pour entrer ?
- Faut-il avoir recruté, ou « monté de niveau », pour retirer ?
Notre parti pris : si la réponse à la quatrième est oui, on s'arrête là. Un retrait bloqué tant que vous n'avez pas recruté, cela veut dire que votre argent dépend déjà de la personne suivante.
Si c'est un proche qui insiste, une seule phrase suffit souvent : « Montre-moi par écrit d'où vient l'argent. » Pour savoir où garder ses cryptos en temps normal, voyez wallet ou exchange. Pour le reste du vocabulaire qui circule dans ces groupes, le lexique de l'argot crypto le range par situation. Et si l'on vous promet plutôt des tokens « offerts », c'est une autre ficelle, décrite dans la fiche sur les faux airdrops.