Quelqu'un vous promet « la prochaine pépite » dans un groupe de discussion ? Il y a de bonnes chances qu'il parle d'un memecoin.
Un memecoin, c'est une cryptomonnaie sans produit derrière elle. Son prix tient à une blague, à une image qui tourne et à l'enthousiasme d'une communauté ; l'équipe, quand il y en a une, reste souvent anonyme. Les forums anglophones disent aussi shitcoin, en moins aimable. En chinois, on parle de « chien de terre », un chien sans pedigree.
« Pépite » est un nom qu'on donne après la hausse, jamais avant. Avant, ce n'est qu'un memecoin parmi d'autres, sans rien qui le signale.
Pensez au tube de l'été. En juillet, tout le monde le fredonne ; en octobre, plus personne ne s'en souvient, et rien dans la chanson n'avait changé entre-temps. Seule l'envie de la chanter était partie.
Au départ, une blague assumée
Le genre a un point de départ facile à repérer : le dogecoin. Son site officiel ne s'en cache pas. Dans la FAQ, sous la rubrique « Dogecoin has no utility! », on lit : Dogecoin was first meant to be a joke. Autrement dit, c'était une blague au départ. La page d'accueil, elle, parle d'un mouvement crypto « accidentel » qui fait sourire (the accidental crypto movement that makes people smile!).
Le même site nomme ses deux cofondateurs, Billy Markus et Jackson Palmer, et précise que Markus a développé seul les premières versions de Dogecoin Core. Faut-il encore ranger le dogecoin parmi les memecoins ? Les avis divergent ; nous ne trancherons pas.
Ce qui est sûr, c'est qu'une blague devenue crypto a fait des émules. Un autre animal, un autre mème, un autre nom, et un nouveau token sort.
Deux confusions reviennent souvent. Un altcoin n'est pas forcément un memecoin : la catégorie est bien plus large, et on y trouve des projets qui construisent vraiment quelque chose (coin ou token, comment trier). Et un prix unitaire de quelques centimes ne dit rien de la taille du projet, comme le montre l'article sur la capitalisation.
« Pépite » : un mot qui arrive après coup
On appelle « pépite » un memecoin dont le cours s'est envolé. L'ordre compte : la hausse d'abord, le surnom ensuite. Le jour de l'achat, ce token ressemblait trait pour trait aux autres lancés la même semaine.
Les histoires de pépites qu'on vous raconte sont donc triées. Le token qui a explosé, on en fait des captures d'écran. Ceux qui ont fondu, personne ne revient en parler. Si vous ne voyez que des réussites, c'est que les échecs ont coulé sans bruit, pas qu'ils sont rares.
Peut-on gagner de l'argent avec un memecoin ? C'est un pari sur une poignée de hausses spectaculaires, payé par beaucoup de pertes. Ce lexique ne donne ni méthode, ni endroit où chercher, ni nom de token.
Un mot à garder en tête pour la suite : honeypot, un token qu'on peut acheter mais pas revendre. Et deux personnages qui gravitent autour des lancements ont leur propre fiche : le bot sniper, qui rafle un token à la première seconde, et la baleine, qu'on accuse dès que le cours décroche.
Comment une plateforme signale ses tokens les plus risqués
Côté plateformes d'échange, certaines marquent les tokens jugés plus volatils. Prenons Binance. D'après son annonce du 26 juillet 2023, publiée en anglais :
- Le Seed Tag remplace l'ancienne « Innovation Zone » et s'applique à tous les tokens qui s'y trouvaient, ainsi qu'aux futurs listings de projets innovants susceptibles d'être plus volatils et plus risqués.
- Le Monitoring Tag vise les tokens qui présentent une volatilité et des risques « nettement plus élevés ».
- Pour les trader en Spot ou sur Margin, il faut réussir le quiz correspondant, à repasser tous les 90 jours.
- Les étiquettes apparaissent sur les pages de trading Spot et Margin, avec un bandeau d'avertissement pour chaque token concerné.
Ces règles datent de 2023 ; les étiquettes et les quiz exigés sont ceux qu'affiche la page de trading de Binance au moment où vous la consultez (vérifié en octobre 2026). Nous ne listons pas les tokens étiquetés aujourd'hui : la liste bouge.
Le passage le plus utile de l'annonce, à nos yeux, c'est la liste des critères d'examen. Elle cite notamment l'engagement de l'équipe envers le projet, le volume d'échange et la liquidité, la stabilité du réseau ou du smart contract, et d'éventuelles preuves de conduite contraire à l'éthique, de fraude ou de négligence. Passez un memecoin au crible de ces quatre points : il bute souvent dès le premier, faute d'équipe identifiable.
Une étiquette ne fait pas d'un token un memecoin, et son absence ne garantit rien.
Quatre questions avant de suivre le mouvement
- Qui a lancé l'info ? Celui qui vous pousse à acheter détient-il déjà le token et attend-il quelqu'un pour le lui reprendre ? Une « info d'initié » sans source ne vaut rien.
- Pourra-t-on revendre ? C'est la question anti-honeypot. Un token invendable, aussi joli que soit son graphique, n'est qu'un chiffre à l'écran.
- Que permet le contrat ? Les créateurs peuvent-ils émettre de nouveaux tokens à volonté, ou bloquer ceux des autres ? Et connecter son wallet pour « approuver » un contrat inconnu, c'est lui céder une partie du contrôle : la fiche smart contract détaille ce risque.
- Où part l'argent ? Si l'on vous demande d'abord d'envoyer vos cryptos à quelqu'un qui « achètera pour vous », on n'est plus dans le vocabulaire : traitez cela comme une arnaque.
Si le projet publie un livre blanc, lisez-le pour y chercher ce qu'il ne dit pas : personne ne le relit avant publication.
La deuxième question est la plus rapide. Demandez « on peut revendre ? » ; si l'on vous répond « surtout, ne vends pas », inutile de poser les deux suivantes.
Reste le cadre légal : il change d'un pays à l'autre, et ce lexique n'en dresse pas la liste.